Djamila Salah

Avoir travaillé aux côtés des grands hommes de théâtre, suivre leur pratique, ces expériences ne cessent de me nourrir.

Chacun de ceux qui ont été mes maîtres nourriciers se penche à sa manière sur le texte pour entendre jusqu’à ses murmures et ses silences

Josef Svoboda, Giorgio Strehler, Otomar Krejca, Klaus Grüber, Jean Dautremay.

Cet exercice leur a donné de grandes oreilles et en plus grand nombre

investissant leurs regards

voir et écouter c’est tout un

voir pour entendre, écouter pour voir.

 

Au commencement

Mehmet Ulusoy ouvre la porte du théâtre et m’embarque dans son poème scénique.

Chez lui l’esprit de Brecht et d’Hikmet bat, bat, bat au rythme du vivant

et donne du cœur.

Dans son sillage, Denis Bablet, le père protecteur, me tient la main

m’envoie chez Armand Delcampe accompagnateur majuscule de Vilar

hôte salvateur de grands artistes européens dans son Atelier théâtral de Louvain-la-Neuve

devenu Théâtre Jean Vilar

défendant leur héritage et me transmettant leurs leçons

au service du public

Service Public oblige.

 

Aujourd’hui à mon tour je me penche très bas sur le texte

l’écouter

le questionner

sans prétendre obtenir de réponse

sans vouloir extorquer une solution

le texte centre de gravité du travail avec les acteurs

tous les acteurs de l’espace scénique

les comédiens, la lumière, les costumes, l’espace sonore, le public.

 

Faire entendre le texte sans étouffer son mystère

sans en réduire l’énigme

mais m’appuyant sur elle

la laisser nous interroger à son tour.